7 milliards d’euros: qui va payer les milliards du déficit?
Pendant les élections, la douceur des promesses. Entre les élections, la brutalité de restrictions. Herman Van Rompuy annonce qu’il veut un plan d’économies pour septembre.
L'avenir de l'usine Opel (2 600 travailleurs, 10 000 en comptant tous ceux qui en dépendent) est plus qu’incertain : la fermeture de l'usine belge est envisagée. La sidérurgie liégeoise est « sous cocon » avant… peut-être pire. Certains parlent d'une possible chute du géant de la sidérurgie Mittal pour la fin de l'année.
La crise frappe aussi bien la Flandre que la Wallonie et Bruxelles.
En Flandre, il y a 186 000 sans emplois, presqu'un quart de plus en une année de temps. Selon les prévisions de la Banque Nationale, le nombre de sans emploi augmentera de 200 000 personnes dans les deux années à venir.
« Dans le meilleur des cas, la reprise interviendra en 2011, tellement les problèmes à régler sont nombreux. Et nous n'avons aucune garantie.», dit Nouriel Roubini, un économiste qui a vu venir la crise, contrairement à beaucoup d'autres .
Cela tranche avec les déclarations rassurantes de certains hommes politiques pour qui la fin du tunnel est déjà en vue.
La question n'est donc plus de baisser la tête en attendant que la tempête passe. Finis les « plans de relance » qui promettent la fin de la crise en 2009.
La question est désormais de trouver des milliards pour compenser à la fois les 23 milliards accordées aux banques et également le manque de rentrées fiscales dû à la crise. Sans compter les 3 milliards d’euros de cadeaux donnés récemment aux multinationales et aux banques sous forme d'intérêts notionnels.
Comment l'État va-t-il continuer à payer les pensions et les allocations de chômage, à financer les services publics ?
Selon le directeur de la Banque nationale, les différents gouvernements du pays devront trouver 7 milliards d'euros pour limiter le déficit à 4 % du PIB (Produit Intérieur Brut = l’ensemble des richesses produites en un an). Cette marge est le maximum autorisé en temps de crise par l'Union européenne.
Qui va être taxé ?
Le réalisme du gouvernement, c'est de nous taxer vous et moi, travailleurs et allocataire sociaux, nous qui sommes les plus nombreux. Le premier ministre et d’autres experts ont déjà laissé voir dans leurs cartes :
- Couper dans les dépenses pour les soins de santé. Les projets parlent de limiter la croissance du budget de la santé à 3 % par an au lieu de 4,5 %. Conséquences : médicaments plus chers, frais d'hôpitaux en hausse.
- Faire travailler plus de gens effectivement jusqu'à 65 ans : de nouvelles attaques contre les départs à la prépension.
- Réduire le nombre de fonctionnaires.
- Les communes devront aussi payer les frais de l'opération : elles recevront moins d'argent et devront soit augmenter les taxes soit fournir moins de services.
Le premier ministre Van Rompuy veut un plan pour septembre. Il veut un budget pour deux ans car, en 2011, il y a de nouvelles élections et il veut que les mesures antisociales soient prises dès maintenant et non avant les élections.
Face à ce réalisme des riches, le monde du travail ne peut pas accepter que la crise soit supportée par ceux qui en sont déjà les victimes.
Le PTB propose un large front social de gauche pour avancer un plan d’urgence social. En avançant une taxe sur les millionnaires, soit un impôt de 2 % sur la partie de la fortune excédant le million d’euros, ce qui rapporterait 6,8 milliards d’euros. Les fortunes immenses de Lippens (co-responsable de la déroute de Fortis) et Frère (qui profite des super-bénéfices d’Electrabel), ne sont aujourd’hui soumises à aucun impôt.
La revendication est reprise par des larges franges du mouvement syndical. Elle permettrait de trouver de l’argent qui devrait être aussi investi dans la création d’emplois dans les crèches, dans la rénovation de bâtiments, dans l’enseignement, dans le secteur des soins de santé, dans le logement social et dans les services publics. De l'argent pour payer des pensions décentes, pour garantir les allocations de chômage en temps de crise et des places pour les personnes avec handicap. Pour refinancer le secteur social et les services publics tant au niveau fédéral qu’au niveau des régions.
Mais pour les partis qui se disputent des postes ministériels le sujet est tabou… Avec leur air de politiciens qui en ont vu d'autres, ils clament que cette taxe est irréaliste. Alors qu'elle existe dans de nombreux pays, y compris chez nos voisins français.
Et ces partis, qui ne veulent pas entendre parler d'une taxe sur les millionnaires, vont maintenant se disputer pour savoir quel groupe dans le monde du travail va devoir payer le plus : le malade ou le pensionné, le chômeur ou le travailleur, le travailleur wallon ou le travailleur flamand.



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