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10.03.10 09:57 | Il y a : 143 days |

Le Soir :: « Le nouveau visage du PTB »

Dans son édition du 9 mars, Le Soir consacre une page entière sur l’évolution du PTB, un parti marxiste présent sur le terrain avec des propositions concrètes, un parti ouvert notamment envers les organisations syndicales. Les remarques intéressantes sur le PTB du journaliste David Coppi et des observateurs politiques Manu Abramowicz et Jean Faniel reflètent évidemment leurs opinions personnelles.

David Coppi (Le Soir)

Le nouveau visage du PTB

La crise frappe, le PTB se fait omniprésent « sur le terrain » et l’extrême gauche se prétend « de proposition ». Nouveau style, nouvelle stratégie, incarnés par son porte-parole, Raoul Hedebouw.

Jeudi dernier, en route pour Ternat, dans la périphérie bruxelloise. Benjamin Pestieau, président des jeunes PTBistes, branche son GPS, qui annonce : « Restez à gauche ». Il sourit : « Ne croyez pas que c’était arrangé. » A ses côtés, Raoul Hedebouw, porte-parole : « A la fin, il finira quand même par dire “Tournez à droite”, c’est toujours comme ça. » On file la métaphore : le Parti du Travail de Belgique cherche son chemin et vire à droite. Facile, mais pas faux.

Avant de se rendre sur le site de « Ternat-Logistics », centre de distribution de marchandises pour Carrefour où 270 ouvriers et employés bloquent depuis trois semaines le « trésor de guerre » en attendant leur sort, Raoul Hedebouw dira à propos du parti fondé en 1979 : « On sort des caves. » Bonne image. Un peu le métier du « porte-parole » chargé de la com’ du PTB, fonction stratégique. Lundi 1er mars, sur Matin Première, à la RTBF, son propos radical mais rieur sur la crise et ses ravages avait claqué comme un défi au conformisme, et frappé les auditeurs, trois fois plus nombreux que d’habitude à réagir.

Avec lui – 32 ans, liégeois, botaniste, porte-parole à temps plein – au mégaphone du parti, le PTB ne résonne plus comme avant. Quand, bunkérisé dans son QG du boulevard Lemonnier, à Bruxelles, sous la poigne de ses leaders maos, Ludo Martens et Rosa-Rosso, il vivait la politique sur le mode d’une organisation clandestine, en guerre contre les forces de l’ordre bourgeois et leur Sûreté de l’Etat. Le congrès de mars 2008 à Bruxelles fut celui du « tournant ». Un peu (si l’on veut) le « Bad Godesberg » du PTB, rapport au congrès historique de 1959 du SPD allemand, par lequel le grand parti de la classe ouvrière au cœur de l’Europe avait emprunté la voie réformiste sociale-démocrate après la révolutionnaire.

Le PTB reste extrémiste de gauche mais, à entendre Hedebouw, il se sent à l’étroit dans la catégorie traditionnelle. Mao ? « On applique la grille d’analyse marxiste, mais plus exclusivement. » La révolution ? « Nous voulons être un parti concret, de propositions, plus celui du “Y’a qu’à !” Nos élus travaillent avec ceux d’autres partis. » Subvertir le capitalisme ? « Subvertir, un mot violent… Ce que nous voulons, c’est que, structurellement, l’Etat prenne sa place. Il n’est pas normal que le marché, aux mains de quelques-uns, conditionne les grandes évolutions de nos sociétés. On a besoin de structures publiques. Notamment d’une banque publique. » Le modèle d’organisation militaire ? « Arrêtons la paranoïa, la théorie permanente du complot, même si la réalité reste compliquée, on n’est pas dupes, nos actions militantes dérangent, nos GSM sont sur écoute, on s’en doute, comme ceux de certains journalistes, je présume. »

Peut-être le signe le plus manifeste du changement : le nouveau rapport au PS, historiquement le « social-traître »… « Fini de tirer tout le temps sur les socialistes. On peut avoir des débats critiques, mais des débats quand même. Des convergences sur certains sujets. Et à l’avenir, si on arrive à se hisser sur l’échiquier politique, pourquoi pas au parlement, jouer le rôle d’aiguillon à gauche. »

(P)artisan, avec la bénédiction de son patron et président, Pierre Mertens, du grand recentrage idéologique et stratégique, Raoul Hedebouw n’élève pas même le NPA français (« Nouveau parti anticapitaliste ») de Besancenot en modèle de succès à l’extrême gauche, en reflux il est vrai ces derniers temps dans les sondages outre-Quiévrain : « C’est qu’il faut être ambitieux, mais pas trop bluffer. Vous savez, le NPA a entre 4.000 et 5.000 membres sur la France, le PTB le même nombre en Belgique… Etre dans les médias, ce n’est pas tout. Ce qu’il faut, c’est être sur le terrain. Et c’est vrai que, vu nos actions concrètes, je dirais qu’on mérite un peu plus électoralement. Je verrais bien le PTB entre 3 % et 5 % des voix. Même si la grenouille ne doit pas se faire plus grosse que le bœuf. A gauche, le PS est un parti de membres, de masse, qui a une histoire, et tout. Ecolo me paraît plus vulnérable, 6.000 à 8.000 membres… Mais quoi qu’il en soit, ce qui fera notre force, je l’ai dit, c’est d’être sur le terrain. »

« Sur le terrain. » Traduisez : les sections communales et sections d’entreprise ; l’action syndicale (changement là encore : « On y travaille à visage découvert, fini l’“entrisme” d’antan ») ; la quinzaine de maisons médicales dans le pays, pour « la médecine du peuple, juste au prix de la Sécu » ; enfin, la militance forcenée dans la crise. Songez aux « 52 piquets de grève Carrefour sur lesquels nous sommes allés depuis l’annonce du plan de restructuration » !

A Ternat-Logistics, les travailleurs sont pris à témoin : « A part ceux du PTB, on n’a vu aucun autre parti depuis qu’on “occupe” le centre de distribution. » Il y a de l’empathie. Ça n’a pas toujours été comme ça. Didier, délégué CSC : « Avant, ça ne collait pas avec eux, c’était “boum-boum” entre nous, ils venaient avec toutes leurs histoires, ils ne comprenaient pas, on était méfiants… Mais on a senti un changement. Les jeunes sont arrivés. Vendredi il y a une semaine, ils ont organisé une soirée avec nous à Bruxelles, c’était bien, on a partagé un bon moment. »

Raoul Hedebouw et Benjamin Pestieau improvisent une brève réunion avec les représentants syndicaux, ils « remonteront » l’info à leur quartier général. Luc, FGTB, « 27 ans dans la maison », larmes aux yeux : « On est 220 travailleurs, ils veulent tout fermer. Au mieux, on sera envoyés à Nivelles, Kontich, dans d’autres centres de distribution. Nos patrons font des bénéfices, mais disent qu’on est trop chers… »

Dans Le Soir, jeudi dernier, Immanuel Wallerstein, historien et économiste américain, voyait le capitalisme « en phase terminale » et un « long Grand Soir » devant nous. Raoul Hedebouw et Benjamin Pestieau n’osent y croire. A la porte de Logistics : « Courage pour votre combat, les gars ! »

 

David Coppi

Portrait-robot

Le programme

Il tient en dix points :

1. Suspendre les licenciements ;

2. La TVA sur l’énergie de 21 % à 6 % ;

3. Qu’on impose les millionnaires, pas vous et moi ;

4. L’épargne en lieu sûr ? A la banque publique ;

5. Les médicaments à moitié prix – le modèle kiwi ;

6. De nouveaux emplois dans les soins de santé, l’enseignement et les services publics ;

7. Pourquoi la scission ? Notre pays n’est-il déjà pas assez petit ?

8. Logement bon marché ;

9. Le droit à la prépension = du travail pour les jeunes ;

10. Des prix plafonds pour l’alimentation.

Les campagnes

Tracts, autocollants… Le PTB multiplie les campagnes-chocs, comme la « Taxe des millionnaires » : 1 % progressif sur les fortunes de plus d’un million d’euros = 8 milliards. A côté, le parti s’est distingué ces derniers temps par ses campagnes de lutte pour le maintien des bureaux de poste, ou contre la « chasse aux chômeurs ».

Les élus

Le parti d’extrême gauche vise les prochaines élections législatives, et compte 15 élus communaux : à Herstal (2), Seraing (1), La Louvière (1), Zelzate (6), Deurne (1), Hoboken (2), Genk (1), Lommel (1). Le parti revendique 4.000 à 5.000 membres. (D.Ci)

 

« Cette génération veut participer pleinement aux élections »

A la gauche de la gauche, il se passe parfois quelque chose : « On a vu ici et là en Europe monter une droite radicale, populiste, et, à l’autre bout de l’échiquier, explique Manuel Abramowicz, apparaît une gauche radicale : en France avec le Nouveau parti anticapitaliste de Besancenot, le Front de gauche de Mélenchon, ou Lutte ouvrière ; au Portugal, en Grèce, la gauche radicale est au parlement, dans la rue ; même chose en Allemagne avec « Die Linke » ; à la gauche du SPD ; ou aux Pays-Bas, avec le SP, Socialistische Partij, à la gauche du PVDA, etc. »

Observateur des « extrêmes » en politique, coauteur de l’ouvrage La Belgique sauvage (ci-contre), Manuel Abramowicz décrit, chez nous, un PTB « enfermé jusqu’à son congrès de mars 2008 dans son modèle staliniste, maoïste, puis qui change : déjà, ce congrès était ouvert à tous, du moins son dernier jour, alors qu’auparavant, le PTB opérait à portes closes ; enfin, une nouvelle génération a émergé, souvent, d’ailleurs, des fils et filles de militants historiques du parti… Cette génération veut participer pleinement aux élections, ne tourne pas le dos au marxisme, mais bien au maoïsme, qui n’est plus une référence dans le programme du parti. L’emblème de la faucille et du marteau a disparu, pour l’étoile rouge. » En résumé : « Ils ne mettent plus en avant la révolution pour arriver au pouvoir. Ils ont une optique réformiste. Il y a une ouverture. » Même si : « Un noyau dirigeant reste nostalgique du communisme, d’un certain bolchevisme, et la nouvelle génération ne s’est pas affirmée totalement. Ils sont dans un entre-deux. »

Chercheur au Crisp, auteur, avec Julien Dohet, en 2009, dans La Revue nouvelle, de l’article « La gauche radicale toujours en quête d’unité », Jean Faniel abonde : « D’un côté, idéologiquement, ils restent attachés à un discours marxiste assez basique, de l’autre, ils ont une communication renouvelée. Je vois aussi l’effet de générations : les jeunes qui montent, et une vieille garde avec ses convictions : comment vont-ils gérer cette tension interne ? Dans quel sens le parti va-t-il aller ? » Jean Faniel remonte au « tournant » de mars 2008 : « Depuis, le PTB a sous les yeux les exemples de gauche radicale français et néerlandais : pour la partie francophone, l’exemple d’Olivier Besancenot ; pour la partie flamande, majoritaire au PTB, celui du Socialistische Partij aux Pays-Bas. Cela a influencé les efforts en com’, ou les propositions concrètes, comme la taxe des millionnaires, ou bien la TVA à 6 % sur l’énergie, etc. A tel point qu’au PTB, ils s’entendent dire : “From Mao to Market ?” » (de Mao au Marché ?)…

Dernier élément d’analyse : « Le PTB se présente seul aux élections, pas en mouvement, ni cartel, par exemple avec d’autres composantes de gauche. C’est son calcul stratégique, contrairement à celui des autres gauches radicales européennes qui, en général, avancent par alliances larges. »

 


Réagir ?

raymond, 16-03-10 17:26:
paul a rester dans les caves on ne convaint que les convaincus.pour faire avancer le smilblic il ne suffit pas d'avoire une bonne théorie il faut la metre en pratique en tenant compte ou en sont les gens avec leurs problèmes. c'est en partant du concrés que que nous pourons évoluer et faire evolué notre belle théorie.c'est dificile et c'est vrais que l'on peut déraper à tous moments et tu as raisonnous devons etre tres vigilants car le chemin que nous avons choisi est semé d'embuches, mais c'est la seule voie pour faire avancer la cocience des masses laborieuse. peut ètre pouvons nous compter sur toi camarade pour nous aider a ne pas déraper
Martin, 11-03-10 18:16:
L'édito du communiqué du parti fait bien de souligner que les opinions des journalistes n'engagent que eux. Perso, j'ai la version papier: outre qu'ils ont confondu La Louvière avec Louvain La Neuve, il me semble qu'ils se lancent dans des amalgames quelques peu douteux et pas très précis...Notamment en parlant du NPA qui n'est pas et n'a jamais été un modèle pour le parti
Un exemple parmi tant d'autre: ils présentent noutre dernier congrès comme un tournant à droite genre SPD, puis nous compare à Die Linke...Ils ne se gênent pas non plus pour parler à notre place et nous dire que nous "lorgnons" vers le SP&co, ce qui n'est vraiment pas exact
Ceci étant, pour une fois qu'un journal "dans la ligne" ne nous présente pas comme des mangeurs d'enfants, on ne s'en plaindra pas, mais pour nous informer sur le PTB le meilleure journal reste "Solidaire"...il est même le meilleur journal tout court
maurice, 11-03-10 12:24:
quand l'ennemi vous sourit, cherchez où est l'erreur...
Djamal, 10-03-10 21:21:
Bonjour, camarades

Au lieu de s'en vanter, je crois qu'il faut se méfier de ces "éloges".
Sous couvert de pragmatisme, le Ptb risque de glisser sur la pente savonneuse de la social-démocratie.

Salutations
Paul, 10-03-10 15:15:
Le PTB vivait dans les caves, mais il avait l'esprit libre. Il disait ce qu'il voulait. Pendant trente ans, malgré son adhésion formelle à des poncifs historiques beaucoup trop abstraits, il a ébranlé des consciences, analysé, pris les choses à revers. Il avait un côté anarchiste. Il était plus en quête de vérité, que de pouvoir.
Au fond, le PTB fit un parti qui tentait de se servir des moyens démocratiques classiques pour faire passer des analyses à rebrousse-poil du consensus démocratique et des points de vue critiques radicaux. A la longue, de guerre lasse, finalement, le PTB se met à adhérer avec ses spécificités au consensus, à se fondre dans la masse. Son radicalisme a été repris par d'autres comme les Noborders qui se servent d'une autre tactique. La principale critique et autocritique qui reste à faire, c'est celle de son fonctionnement démocratique lui-même, pour ne pas dire de sa collaboration de classe.
fernand, 10-03-10 14:46:
Je suis lecteur du Soir et cet article m'a fait très plaisir pour plusieurs raisons notre PTB a maintenant l'écoute de la grande presse ,notre programme est valable et réaliste la meileure preuve en est que plusieurs points se retrouvent dans le programme des autres partis.
Notre but doit en effet être d'obtenir les 5% car malheureusement le PTB est le seul parti actuellement pour la défense du peuple ,nous n'avaons pas d'administrateurs dans les banques et autres multinationale ,nous sommes encore vierge de toute corruption et disfonctionnement et le resterons.Tout évolue avec le temps mais il ne faut pas avoir honte que notre histoire débute avec le maoisme car sans Mao la Chine serait encore au stade de pays sous développé.En France Besancenot a u tort de rebaptiser son parti en NPA dans un parti il ne faut pas comme titre inclure le mot contre mais bien le mot pour ,pour la justice sociale,pour la liberté,pour la dignité de la population,pour l'éducation des peuples ect.
Je souhaite au PTB tout le succès possible lors des prochaines élections.

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