| Thème: Belgique, Dossier crise communautaire, Belgique, Partis, Elections
Concertation entre la N-VA et le PS:: un mariage impossible?
La presse est plutôt optimiste depuis que De Wever a été nommé informateur et que Di Rupo est pressenti comme Premier ministre. Mais cet optimisme est-il justifié ?
Herwig Lerouge
Le 18 juin, les syndicats néerlandophones ABVV, ACV et ACLVB ont mené une action devant le siège du gouvernement flamand. Les syndicats se montraient particulièrement inquiets des pistes d’économies que l’on avait mis sur la table et qui envisagaient de couper dansprimes d’encouragementau crédit temps et à l’interruption de carrière. (Photo Vlaams ABVV)
Selon Le Soir et De Morgen, De Wever et Di Rupo peuvent y aller franchement à présent puisqu’ils ont quatre ans devant eux avant les prochaines élections et suffisamment de réserve électorale pour faire des concessions. Quant au quotidien De Standaard, il imagine une réforme de l’Etat en échange d’une « politique de gauche ». Si la réforme de l’Etat est loin d’être une certitude, la politique de gauche l’est encore moins.
Mais qu’entend-t-on exactement par politique de gauche ? Avant les élections, tous les partis flamands avaient déjà annoncé d’importantes mesures d’austérité. C’est qu’il faut à présent retrouver les milliards dépensés pour sauver les banques. L’heure de vérité a sonné. Pour Herman Daems, le président de la BNP Paribas Fortis, GIMV et Barco, les choses sont claires : « Je ne vois pas comment la Flandre pourrait accepter une politique budgétaire plus souple en échange d’une réforme de l’Etat. Nous n’avons d’autre choix que l’assainissement.
Pas de tabou, à l’exception de…
Le plan d’assainissement exige non seulement un contrôle des dépenses mais aussi l’augmentation de certains impôts, explique Guy Quaden, le gouverneur PS de la Banque Nationale. Il n’a rien contre une hausse des impôts tant qu’il ne s’agit pas d’une augmentation des charges fiscales et parafiscales des entreprises.
Luc Coene, vice-gouverneur de la Banque Nationale et probablement futur gouverneur, défend lui aussi son scénario. « Tout d’abord, il faut décourager les systèmes de prépension, d’interruption de carrière et de crédit-temps. Ensuite, il faut augmenter l’âge de la pension ». Il préconise le modèle suédois où l’âge de la pension augmente en fonction de l’espérance de vie. « Si ces interventions s’avèrent insuffisantes, le travailleur devra par lui-même cotiser davantage pour sa pension. En Belgique, seul la moitié des travailleurs possèdent un deuxième pilier. »2
Pour Muyters, ministre N-VA, il faut tailler dans le crédit-temps
Le ministre flamand de l’Emploi - et de bien d’autres choses - Philippe Muyters (N-VA) veut supprimer les primes d’encouragement versées aux travailleurs qui prennent un crédit-temps. L’an dernier, près de 30.000 de ces primes ont été octroyées, soit au total 52 millions d’euros. Muyters demande à l’office flamand de l’emploi et de la formation d’économiser 30 millions. Le directeur général de la FEB, Pieter Timmermans, a déclaré au quotidien De Morgen que les travailleurs plus âgés abusaient du système crédit-temps « pour terminer leur carrière relax ». Le syndicaliste PTB Jan Vandeputte a travaillé plus de 10 ans au service crédit-temps de l’Onem et informé des centaines de travailleurs sur le crédit-temps. Entendre le ministre parler « d’abus » et de « mauvais usage » le met hors de lui. « La plupart des ceux qui font une demande de crédit-temps, le font parce qu’ils n’ont plus la force de travailler. Cela leur permet de ne pas devoir renoncer à leur emploi. Il ne faut pas oublier que cela implique pour eux une importante perte de revenus ».
Le PS va-t-il laisser faire ?
La N-VA et les autres partis candidats au gouvernement ne voient pas d’inconvénient à cette politique d’austérité. Qu’en pensent les socialistes et en particulier le PS ?
Pendant la campagne, le PS a fulminé contre Reynders et les cadeaux fiscaux des libéraux aux riches. Pourtant, deux jours à peine après les élections du 13 juin, Di Rupo n’excluait pas une alliance avec le MR. Le quotidien De Morgen fait le bilan sur Di Rupo et son PS : « Depuis les années nonante, son parti a cosigné toutes les difficiles mesures socio-économiques, du Plan Global de Jean-Luc Dehaene au Pacte des Générations de Guy Verhofstadt. (…) Il s’est également laissé convaincre pour toutes sortes de privatisations, les intérêts notionnels, l’amnistie fiscale et la réforme fiscale».3
Les centaines de milliers de travailleurs et de syndicalistes qui ont à nouveau voté pour le PS espèrent que cette fois ils s’attaqueront aux riches et défendront leur pension. Mais si nous voulons préserver nos chances, mieux vaut ne pas y compter. Il est temps pour toutes les forces progressistes de contre-attaquer et de faire savoir que c’est aux banques et aux capitalistes de payer.
L’exemple de l’Allemagne et de la France
La chancelière fédérale Merkel sait déjà comment elle va pouvoir économiser 80 milliards d’euros d’ici 2014. Elle a d’abord adressé quelques remontrances aux banques qui vont devoir payer une « contribution » de 2 milliards à partir de 2012. Ce qui fait 6 milliards au total. A cela, elle ajoute une série de taxes « vertes ». Le nucléaire devra donc à partir de l’an prochain déposer 2,3 milliards d’euros sur la table. Ce qui fait 10 milliards au total. L’industrie verra son exonération fiscale sur les écotaxes et la consommation d’énergie diminuer. Ce qui rapportera 4,5 milliards d’euros d’ici 2014. Des taxes environnementales à charge des passagers seront également répercutées sur le prix du billet d’avion, soit 10 à 20 euros par billet. Total 1 milliard.
Pour le reste, il s’agit de mesures à charge de la population active. Les allocataires sociaux verront leurs allocations familiales amputées de 300 euros les 14 premiers mois, les chômeurs n’auront plus droit au supplément. La compagnie des chemins de fer Bahn AG devra désormais verser au gouvernement un dividende fixe, ce qui rapportera probablement 500 millions par an. La suppression de 15000 emplois dans les services publics et l’armée devrait également rapporter plusieurs milliards.
Parallèlement à ces mesures, une somme de 12 milliards d’euros a été allouée à l’industrie pour les formations et la recherche et le développement. Ce qui revient à annuler la contribution du nucléaire et de l’industrie.
En France, le gouvernement projette d’augmenter l’âge de la pension légale de 60 à 62 ans, tant dans le secteur privé que public. Et pour avoir droit à la pension complète, indépendamment du nombre d’années prestées, il faudra attendre 67 ans et non plus 65. Tout cela pour réduire de moitié le déficit de 32,3 milliards d’euros des caisses de retraites, soit 16 milliards. La cotisation des fonctionnaires sera augmentée sur dix ans et passera de 7,85% à 10,55%. Ce qui devrait rapporter jusqu’à 4,4 milliards. Au total, cela représente près de 20 milliards à charge des travailleurs. Les efforts demandés aux revenus élevés et revenus du capital ne représentent quant à eux que 3,7 milliards.
L’Europe a mis en place une série de mécanismes de contrôle plus stricts. Dorénavant, les personnes endettées seront plus vite sanctionnées. L’objectif premier est d’économiser sur les pensions et sur les salaires ensuite. Les pays où les salaires augmentent plus rapidement par rapport aux pays voisins seront vite rappelés à l’ordre.
1. De Tijd, 19/06 • 2. De Tijd, 18/06 • 3. De Morgen 19/06



