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Formation du gouvernement :: De Wever change son fusil d’épaule
Dans divers articles de presse, on présente l’axe Di Rupo-De Wever comme une occasion unique d’atteindre un accord entre les communautés. Qu’est-ce qui a changé ?
Ruben Ramboer & Herwig Lerouge
Lors de sa conférence de presse pour la presse internationale le 8 juin dernier, De Wever s’est présenté devant un drapeau européen, qui remplaçait le traditionnel « lion flamand ». La président du N-VA parle maintenant de confédéralisme, mais c’est seulement une nouvelle tactique pour arriver même but : la division du pays. (Photo Belga, Benoit Doppagne)
Tout le monde ou presque est optimiste et croit que De Wever et Di Rupo vont en arriver à un accord. Depuis le 13 juin, la presse présente De Wever comme un tout autre individu. Ce faisant, on passe précisément l’éponge sur les années qui ont précédé. Pourtant, la N-VA était bel et bien présente lors des longs mois de négociations en 2007 et le parti ne s’était pas fait remarquer comme le partenaire le plus constructif. Lors du déclenchement de la crise bancaire, le CD&V avait même dû démanteler le cartel avec la N-VA, sans quoi le cirque communautaire se serait encore éternisé dans tout le pays.
Qu’y a-t-il de différent, aujourd’hui ? L’indépendance de la Flandre figure toujours dans les statuts de parti de la N-VA. De Wever n’entend pas s’en écarter d’un millimètre. Mais on dirait toutefois qu’il a adapté sa tactiq
La stratégie du pourrissement
Depuis 2007, De Wever suit une stratégie du pourrissement. À l’époque, il était également parvenu à l’imposer à son partenaire de cartel, le CD&V. Cela revenait à saboter le plus longtemps possible la constitution d’un gouvernement fédéral jusqu’à ce que les partis francophones fussent prêts à donner à la Flandre davantage de compétences.
Aux élections de 2009, la N-VA débarque dans le gouvernement flamand et adopte alors ce qu’on appelle la doctrine Maddens, du nom du politologue Bart Maddens, de la KUL. Pour l’exprimer dans les mots de Maddens lui-même : « Nous cessons de négocier, nous savons que, tôt ou tard, l’État fédéral va se retrouver sans argent et devra venir frapper à la porte de la Flandre. S’il demande alors des Régions des efforts supplémentaires pour maintenir le budget en équilibre, ce sera « non ». Si Bruxelles demande des moyens fédéraux supplémentaires, ce sera « non » aussi. Si le gouvernement fédéral prend une décision avec laquelle nous ne sommes pas d’accord, la Flandre recourra aux mécanismes institutionnels de blocage existants pour dire « non ». De deux choses l’une, d’ici un an ou deux, les francophones supplieront eux-mêmes pour qu’il y ait une nouvelle réforme de l’État, ou bien le système belge implosera. »
Selon la même logique à la Maddens, la Flandre devait elle-même aller le plus loin possible dans l’interprétation de nos compétences. C’est ce que la Flandre a fait aussi. La Flandre a par exemple introduit une prime scolaire, en fait, une forme déguisée de supplément d’allocations familiales, qui font partie de la sécurité sociale et il s’agit donc d’une matière fédérale. La même chose vaut pour les plans en faveur d’une assurance hospitalisation flamande. Le noyau dur de la N-VA s'est enthousiasmé pour cette doctrine Maddens car, plus la Belgique ira mal, plus le chaos sera grand et mieux ce sera pour les séparatistes flamands. Et pas le moindre compromis.
La stratégie de la séduction
Mais, aujourd’hui, De Wever est devenu le personnage central. Bien des gens ont voté pour lui dans l’espoir qu’il mettrait un terme au cirque communautaire. De nouvelles voix pour la N-VA, des voix qui veulent que les choses changent mais qui, comme l’écrit le quotidien De Standaard, « ne sont pas entachées de ces sentiments romantiques ou revanchards qui obscurcissent l’entendement politique de tant de militants de la cause flamande depuis des décennies ».
Aujourd’hui, il y a également un courant Siegfried Bracke, au sein de la N-VA. L’ancien journaliste de la VRT a exposé sa nouvelle ligne tactique, déjà au moment des élections : on agite moins les drapeaux, on crie moins à propos de l’indépendance de la Flandre, on parle plutôt de confédéralisme. D’après De Standaard (18/06), De Wever fait bien de mêler à sa stratégie un peu plus de Bracke et un peu moins de Maddens. Cela signifie un retour à la stratégie de la Volksunie des années septante, appelée également « doctrine Baert » du nom de l’homme politique de ce parti (Frans Baert). Cette stratégie consiste en trois règles : l’accord communautaire présent signifie-t-il un progrès essentiel en faveur de l’autonomie flamande ? Le prix à payer ne sera-t-il pas trop élevé ? Et ne rendra-t-il pas impossible tout progrès à l’avenir ?
Selon la doctrine Baert, De Wever veut également, en cas d’accord possible, faire en sorte tout simplement qu’on puisse franchir de nouvelles étapes en direction de l’indépendance de la Flandre. Toujours selon cette doctrine Baert, toute réforme de l’État sème les germes de la suivante, jusqu’à ce que le pays éclate. Même si, en suivant cette logique, il ne sera pas question d’une refédéralisation d’un certain nombre de compétences dont la stupidité a été largement prouvée entre-temps, comme les normes sur les décibels, le climat, la politique commerciale, le sport… Avec cette doctrine, la création d’une circonscription électorale fédérale pour mettre fin à la surenchère communautaire peut également compter sur un « niet » retentissant des nationalistes flamands.
Les 5 résolutions : « Le big bang institutionnel »
Ces cinq résolutions ont été approuvées au Parlement flamand en 1999.
Le politologue nationaliste flamand Bart Maddens (KUL) a déclaré en faisant référence à ces résolutions : « Même si la Belgique fédérale n’est pas remise en cause, il s’agit néanmoins d’un véritable plaidoyer en faveur d’un big bang institutionnel ». Si ces résolutions constituent la base des négociations demandées par le CD&V, cela ne fait aucun doute, nous sommes sur la bonne voie pour une amputation de la Belgique.
• La première résolution prévoit d’appliquer à la Belgique le modèle deux plus deux. Autrement dit, deux grandes entités fédérées (une flamande et une francophone) avec à leurs côtés Bruxelles et la Communauté germanophone bénéficiant d’un statuat subalterne.
• La seconde résolution prévoit une importante scission de la fiscalité.
• La troisième résolution concerne Bruxelles. La Flandre et la Belgique francophone auront leur mot à dire concernant la politique de Bruxelles et l’utilisation de ses moyens financiers.
• La quatrième résolution est l’énumération interminable des compétences qui seront entièrement scindées, et notamment la politique familiale, le système de santé, l’emploi et les chemins de fer. Il est dit de manière explicite qu’une refédéralisation est tout à fait exclue.
• La cinquième résolution prévoit la scission des différentes sections de la justice et permet aux entités fédérées d’intervenir au niveau de la Cour Constitutionnelle, du Conseil d’Etat et de la Cour des Comptes.
Ces résolutions ont été approuvées par tous les partis flamands à l’exception de Groen! qui s’est abstenu sur toute la ligne. Le sp.a s’est abstenu quant à lui pour le vote de la quatrième résolution, du fait qu’à l’époque, il n’acceptait pas la scission totale de la politique familiale et des soins de santé.



