Bouton suivez-nous sur Facebook
Bouton suivez-nous sur Twitter
26.01.12 10:18 | Il y a : 114 days
| Thème: Communiqué de presse, Santé, Médecine pour le Peuple, Belgique

La crise rend les patients plus sensibles au suicide

En raison de l’incertitude de l’emploi et des licenciements, les gens de la classe socioéconomique inférieure envisagent de plus en plus souvent le suicide. C’est ce qui ressort d’une étude de deux généralistes de Médecine pour le Peuple, en collaboration avec l’UA (Université d’Anvers) et la VUB.

Service de presse du PTB

· 36 % des patients qui ont été licenciés au cours de l’année écoulée ont pensé au suicide ;

· 19 % des patients qui ont été confrontés à un licenciement direct dans leur entourage au cours de l’année écoulée ont pensé au suicide ;

· 10 % des patients restants (groupe contrôle) ont pensé au suicide au cours de l’année écoulée ;

· 28 % des patients dont l’emploi est incertain ont pensé au suicide au cours de l’année écoulée.

La confrontation au licenciement et à l’incertitude de l’emploi est associée à une santé mentale plus faible, au recours plus fréquent à un traitement et aux médicaments et à une modification du vécu social. Le plus inquiétant, ce sont les chiffres nettement plus élevés de pensées suicidaires, conclut l’étude de Filip Vanderoost (27 ans) et de Susan Van der Wielen (29 ans), deux généralistes de Médecine pour le Peuple.

Filip Vanderoost travaille à la maison médicale de La Louvière. Susan Van der Wielen voit ses patients à Deurne. Dans leur maison médicale, les deux médecins ont interrogé en tout 377 patients sur leur bien-être physique et psychique et sur leur situation sur le marché de l’emploi. La majorité des personnes interrogées travaillaient dans le nettoyage, la construction ou des métiers techniques.

« Nous avons remarqué que nos patients, dont la majorité font partie d’une classe socioéconomique inférieure, sont lourdement touchés par la crise », ont ajouté les deux médecins. « Notre étude voulait vérifier si celle-ci a également influencé leur santé. »

Les chiffres ne mentent pas : 20 % des personnes interrogées qui travaillaient ont dit qu’elles craignaient pour leur emploi. Pour 28 % d’entre elles, la pensée du suicide  leur était venue à l’esprit au cours de l’année écoulée ; 36 des personnes interrogées, soit 10 %, avaient également été effectivement licenciées au cours de l’année écoulée. Parmi ces dernières, 36 %, donc plus d’une sur trois, avait sérieusement envisagé de se suicider.

D’après l’Enquête nationale sur la santé en Belgique (2008), 4 % de la population belge a pensé au suicide au cours de l’année écoulée.


« De nos chiffres, nous ne pouvons que tirer des conclusions prudentes, déclarent Filip Vanderoost et Susan Van der Wielen. L’enquête visait un groupe cible spécifique, qui n’est pas représentatif de l’ensemble de la population. Ce qui est toutefois pertinent sur le plan scientifique, ce sont les importantes différences mutuelles au sein de ce groupe. »

Dans la classe socioéconomique inférieure, il y a donc bel et bien un lien entre les pensées suicidaires et la crise. La raison donnée par les personnes interrogées à leur licenciement est généralement liée aussi à la crise : faillite, restructurations, fin de contrat…


Ce qui frappe aussi, c’est que 82 des personnes interrogées ont été confrontées à un licenciement via leur conjoint(e), un enfant, un collègue. Pour 19,5 % d’entre elles, la pensée du suicide leur a hanté l’esprit également au cours de l’année écoulée. Et, par conséquent, Susan Van der Wielen et Filip Vanderoost tirent la sonnette d’alarme. Les chiffres de l’OMS disent notamment qu’au moins un quart des gens ayant des pensées suicidaires entreprennent effectivement une tentative de suicide aussi, et 60 pour 100 de ces mêmes personnes dans le courant de l’année. « Les médecins doivent interroger leurs patients activement sur l’incertitude de leur emploi et sur une possible confrontation à un licenciement, conseillent donc les médecins pour le peuple. Cela peut en effet révéler quelque chose d’important sur leur bien-être psychique. Ensuite, le sujet du suicide doit être extrait de la sphère de tabou où on l’a placé. Quand nous avons présenté ces chiffres à nos patients, ils ont été étonnés et, en même temps, quelque peu soulagés. Ils pensaient qu’ils étaient seuls à ruminer ce genre de pensées. »

 

Contact

Dr Filip Vanderoost

Dr Jan Harm Keizer (Médecine pour le Peuple La Louvière)