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08.06.10 17:23 | Il y a : 2 yrs
| Thème: Dossier crise communautaire, Elections, Belgique, Elections home, Belgique

La N-VA à 25 % ? La crise politique se prolonge

Les sondages annoncent 25 % pour De Wever et sa N-VA. Comment expliquer ce doublement de voix en un an ?

David Pestieau et Herwig Lerouge

Deux courants se conjugent pour expliquer cette poussée.

D’un côté, un courant nationaliste minoritaire (15 pour-cent des électeurs N-VA selon les sondages) qui voit dans la scission la solution à la crise politique qui dure depuis trois ans. De l’autre, un courant anti-establishment qui voit dans la N-VA une force intègre qui ose défier les partis de pouvoir comme le CD&V et l'Open VLD, qu’on pense capable de taper sur la table pour arriver à une solution de la crise communautaire. Et qui s’oppose à l’Etat, responsable des taxes, des pensions basses... Mais dans ce deuxième courant, très peu veulent réellement la fin de la Belgique.

Il est vrai qu’au Nord du pays, les grands médias ne donnent quasiment la parole qu’à l’opposition nationaliste, ce qu’on appelle les « V-partijen » : les partis nationalistes flamands comme le Vlaams Belang, la liste De Decker et la N-VA. Le PTB, très actif au Nord du pays, a été quasiment boycotté par les médias.

Ce qui amènent à l’équation « si tu veux voter contre le gouvernement = tu votes pour un V-partij ». Et à ce jeu, la N-VA prend ainsi des voix à presque tous les partis. Particulièrement à son ancien partenaire de cartel le CD&V, et aux autres partis nationalistes le Vlaams Belang et la Liste De Decker.

De Wever apparaît comme plus sérieux et plus fréquentable que les Vlaams Belang et Lijst Dedecker.

Souvent, la plupart de ses électeurs ne savent pas que la N-VA veut supprimer la prépension, limiter les allocations de chômage dans le temps ou bloquer les salaires. Les partis traditionnels, opposés au séparatisme, sont d’ailleurs d’accord avec Dewever là-dessus.

Sur la démagogie séparatiste de la N-VA, ils montrent très peu de résistance. Ils exigent aussi, Groen! y compris, beaucoup plus d’autonomie pour la Flandre. Aucun ne relève qu’en cas de scission de la sécurité sociale, ce sont surtout les pensions des travailleurs flamands qui seront sous-financées (vu le vieillissement plus important en Flandre qu’en Wallonie ou à Bruxelles).

Avec la N-VA au sein du gouvernement flamand, CD&V et sp.a mettent même en œuvre un début de sécurité sociale « flamande ».

Une stratégie de pourrissement

Aujourd’hui, la stratégie de la N-VA se durcit dans la perspective d’une large victoire. Beaucoup d’experts affirment que nous allons devant une nouvelle impasse politique au niveau fédéral de 9 à 10 mois (avec peut-être des nouvelles élections), une impasse voulue par la N-VA dans le but de faire pourrir la situation. La fédération patronale flamande VOKA soutient cette vision. Dont les germes se trouvent d’ailleurs dans l’accord du gouvernement flamand d’il y a un an, quand la N-VA déjà était sortie vainqueur des élections avec 13 %. Or aujourd’hui, on lui annonce le double et le statut de no 1.

Elle ne va pas brader sa victoire, mais au contraire elle veut avancer vers son but séparatiste.

Déjà en 2009, Bart De Wever avait expliqué sa tactique : assécher l’Etat fédéral (dont une grande partie de recettes partent vers les Régions), utiliser un maximum les compétences régionales, construire un début de Sécurité sociale flamande (avec allocations familiales complémentaires et assurances hospitalisation) et attendre que les partis francophones demandent eux-mêmes la réforme de l’Etat.

Après les élections, la N-VA veut agiter deux feux, ajoutant son avantage au fédéral à celui qu’il a au gouvernement flamand :
- d’un côté, elle voudra forcer le gouvernement flamand à aller rapidement vers une sécurité sociale flamande dans une stratégie de fait accompli ;
- de l’autre, elle fera traîner et pourrir les négociations fédérales en proposant des solutions inacceptables pour les partis francophones comme par exemple la suppression de la Région bruxelloise.

Le but est clair : faire pourrir le fruit pour qu'il tombe de lui-même.

De Wever raconte aux électeurs flamands que tout cela se fera dans la douceur, que la Belgique va « s’évaporer », que cela se passera comme en Tchécoslovaquie. Il n’en est rien. La Belgique n’est pas la Tchécoslovaquie. L’économie belge est totalement interconnectée. Un quart de ce que produit la Flandre est consommé en Wallonie. Des centaines de milliers de Belges travaillent dans une autre région que celle où ils habitent. Puis il y a Bruxelles. De Wever n’a aucune solution réaliste de ce qui doit se passer à Bruxelles : quelle sécurité sociale ? Quelle place pour les 80 à 90 % de francophones habitants de la capitale ? Avec De Wever, nous sommes partis pour de graves conflits qui risquent de durer des années.

Et du côté francophone, les partis traditionnels donnent de l’eau au moulin aux nationalistes flamands en parlant d’un front uni des francophones, de Maingain à Javaux. Cela justifie ainsi une logique de bloc linguistique contre bloc.

Reconstruire ce front politique des travailleurs au-delà des frontières linguistiques est la seule voie pour renverser la vapeur et empêcher une scission qui sera dramatique pour le monde du travail. C’est la voie que prend le PTB+ pour défendre une unité qui fait encore aussi la force du mouvement syndical aujourd’hui. Et qui est la seule qui pourra empêcher que la Sécurité sociale soit scindée demain et Bruxelles déchirée entre deux communautés.

Chaque voix pour le PTB+ sera aussi une voix consciente pour cette unité. Et sera un point de départ pour les combats des temps difficiles de l’après 13 juin.