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22.06.10 17:31 | Il y a : 2 yrs
| Thème: Éditorial, Belgique, Dossier crise communautaire, Partis, Elections

La reconquête

La montée des nationalistes flamands semble être l’élément incontournable de la formation du prochain gouvernement. Pourquoi cette victoire de la N-VA ? Et que signifie-t-elle pour l’avenir ?

David Pestieau

Le 13 juin, un Anversois sur 25 a voté PTB dans la plus grande commune du pays. Près de trois millions de travailleurs sont toujours affiliés à des syndicats nationaux. Il existe encore une base large pour inverser la tendance actuelle. (Photo Solidaire, Roland Teirlinck)

La N-VA a su capter un mécontentement social sur le fonctionnement de l’Etat, y compris de la part de gens qui n’ont rien de séparatistes1.

Ceux qui ont pris connaissance du programme économique de la N-VA savent qu’elle a fait un copier-coller du programme du patronat flamand le plus agressif, celui du VOKA : suppression de la prépension, limitation du chômage dans le temps, blocage salarial, j’en passe et des pires.

Mais De Wever a pu cacher la face sombre de son programme car il a pu vendre une démagogie sociale à bon marché, sans contradicteur. Car la gauche sociale et antinationaliste du PTB a été écartée des plateaux télés. Et que le sp.a et Groen! n’ont pas réellement contré le discours dominant de la N-VA, au contraire.

Ainsi, on a vu, par exemple, De Wever promettre un solide pilier public flamand des pensions face à des libéraux et même face au sp.a qui défendaient le renforcement d’un deuxième pilier privé.

A tous ceux qui voient que les mailles du filet de la sécurité sociale s’élargissent dangereusement, la N-VA a promis qu’un filet coupé en deux serait meilleur. Alors qu’un filet moitié moins grand et qui vieillit plus vite que son voisin wallon offrira un avenir sans protection aux pensionnés du Nord du pays.

Le nationalisme est une autre raison majeure du succès de la N-VA. Des dizaines d’années de propagande sur le « Wallon paresseux » injectée par l’élite politique ont fini par gagner l’esprit d’une partie de la population du Nord du pays. Au lieu de regarder vers le haut, vers les millionnaires et les banquiers, les regards ont été tournés vers la proie facile, le voisin wallon.

Cette évolution est inquiétante. Que faire ? Près de 30 % des électeurs au Nord ont voté pour De Wever mais ces électeurs ne sont pas des dirigeants de la N-VA. Ils peuvent aussi évoluer dans les prochaines années. Il y a trois ans en France, Sarkozy semblait intouchable. Aujourd’hui, il est un des présidents français parmi les plus détestés des 50 dernières années et fait face à une grogne sociale puissante.

« Il n’y a rien à faire, la Flandre est à droite », entend-on souvent au Sud du pays mais aussi au Nord. Si la situation n’est pas au beau fixe, mieux vaut éviter les clichés et la vision d’un bloc monolithique de droite.

Ainsi, le 13 juin dernier, un Anversois sur 25 a voté PTB+ dans la plus grande commune du pays. Près de trois millions de travailleurs sont toujours affiliés à des syndicats nationaux. Il existe encore une base large pour inverser la tendance actuelle.

La gauche du Nord du pays aura plus que besoin de l’aide du Sud pour entamer une reconquête idéologique. Comme la gauche du Sud aura besoin de ne pas se replier sur elle-même. Peut-être que José Saramago peut nous inspirer cette semaine : «  Si quelque chose ne réalise pas ses promesses, elle déçoit. Ainsi d’une mauvaise chose peut naître une bonne chose… ».

1. Un sondage commandée par le CD&V durant la campagne révélait que seulement 15 % des néerlandophones était pour la scission pure et simple du pays.