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03.06.10 14:01 | Il y a : 2 yrs
| Thème: Elections, Belgique, Dans les médias, Elections home

Matin Première (RTBf1 radio) Raoul Hedebouw :: "Le sentiment antipolitique, ce sont les quatre partis traditionnels qui l'ont créé"

« Quelles alternatives aux partis traditionnels pour les élections du 13 juin» ? Bertrand Henne sur Matin Première a mené le débat. Un des invités était Raoul Hedebouw, porte-parole du PTB+.

La Première
Flash is required!

BH : Ce matin, nous recevons des partis non-encore représentés au Parlement, avec maintenant le PTB+ et Raoul Hedebouw. Bonjour ! 

RH : Bonjour ! 

BH : Vous êtes porte-parole du parti et tête de liste du PTB+, à Liège. Le PTB qui fait campagne (comme en 2009 d'ailleurs) sur le rejet des quatre grands partis traditionnels : « stop... au cirque politique ». Est-ce que le vote rejet est plus facile à avoir, que le vote d'adhésion ? C'est là-dessus que vous comptez... sur le rejet ? 

RH : Je pense qu'on joue sur deux tableaux. D'une part, il y a effectivement un vote de rejet et je sens de plus en plus dans cette campagne, des gens qui en ont marre des partis traditionnels et qui ont envie de voter autre chose que les quatre partis traditionnels, mais d'une manière constructive, parce que je pense que le PTB a vraiment ces deux volets. C'est aussi d'être un parti de proposition, quand nous proposons une taxe des millionnaires, quand nous proposons le maintien du système de prépension... on est un parti aussi, qui vient avec des propositions concrètes. Et je pense que c'est ça qui fait vraiment cette spécificité du PTB, dans le paysage politique belge, c'est de lier en même temps de contestation de gauche, mais aussi des propositions concrètes. 

BH : Et en faisant d'abord campagne sur le rejet ? 

RH : Oui... tout à fait ! Vous savez... le sentiment antipolitique, ce n'est pas le PTB qui l'a créé, ce sont les quatre partis traditionnels. Il faut arrêter de me faire rire ! C'est leur spectacle à eux, qui font que les gens sont dégoûtés de la chose politique. Et je les comprends qu'ils soient dégoûtés. Moi-même, vous savez, si je n'étais pas tête de liste pour une liste, je serais dégoûté aussi de tout ce qui se passe. Donc effectivement, de plus en plus de gens nous disent : c'est un cirque politique, on l'avait déjà dit en 2009, on le répète en 2010. 

BH : Alors, vous prévoyez un impôt sur la fortune, une taxe sur les millionnaires, vous l'appelez comme ça. Vous en attendez 8 milliards d'euros, Raoul Hedebouw ? 

RH : Oui... tout à fait, mais je le répète, ce n'est pas une question uniquement de philosophie. Il y a un débat qui va avoir lieu, dès le 14 juin, au niveau du gouvernement. Il y a un déficit du budget public : ...qui va payer la crise ?... Là est la question où tout le monde va devoir se prononcer. Et l'ensemble des partis est en train de créer un consensus, pour dire : on va chercher dans les services publics, on va augmenter les taxes, on va faire payer les gens. Et bien un parti comme le PTB dit « NON ». Nous, comme parti de gauche, qu'est-ce qu'on dit ... on dit : il y a de l'argent en Belgique, il y en a beaucoup, on a d'ailleurs reversé beaucoup de dividendes ces dernières années, allons chercher l'argent sur ces comptes en banque, qui existent en Belgique, en imposant une petite taxe des millionnaires, de 1%, sur les fortunes de plus d'un million d'euros. Et bien cette taxe rapporterait huit milliards d'euros, qui pourraient intégralement être réinvestis dans de l'emploi public, dans le service aux gens et pour combler le déficit de l'Etat. 

BH : Avec ces huit milliards, vous voulez créer 100 mille emplois publics ? 

RH : Mais oui... Je vois aujourd'hui que le Gouvernement n'a plus qu'un seul mot à la bouche, c'est de donner des cadeaux aux entreprises ...par les intérêts notionnels, donner des cadeaux par la réduction des cotisations sociales. Jusqu'à preuve du contraire, aucune étude scientifique ne démontre que ces cadeaux ont créé des emplois. Alors, plutôt que de donner cet argent, à fonds perdu, dans des entreprises qui ne créent pas forcément de l'emploi. Permettez-moi de citer un dernier exemple : InBev a reçu 70 millions de réductions d'impôt et pourtant ils veulent licencier 300 personnes... 

BH : Finalement... ça ne s'est pas fait ! Suite à un conflit social assez dur ? 

RH : Et grâce à la résistance des travailleurs. D'ailleurs c'est aussi un aspect important du PTB, qui est celui d'être présent sur le terrain, lors des piquets de grève, pour soutenir tous ces travailleurs en résistance, contre ces licenciements. Donc je pense qu'effectivement, un parti comme le PTB, est ce parti d'actions, ce petit aiguillon, qui permettra un petit peu de chambouler un peu tout, au niveau des chambres des députés. 

BH : Cela dit la Belgique n'est pas une île en Europe. Si on crée beaucoup d'emplois publics, qu'on ponctionne de la richesse produite, que ce soit sur les minerais, mais finalement c'est toujours de la richesse produite... est-ce qu'on ne risque pas, un petit peu (je vais utiliser un grand mot) le sort de la Grèce. C'est-à-dire de perdre de la compétitivité, par rapport aux autres pays européens et donc des destructions d'emplois, au final et des difficultés pour les finances publiques. Voilà ! Parce qu'on n'est pas isolé... Et on sait bien que si un pays fait ça, il risque d'être éventuellement attaqué par les marchés, que sa dette devienne objet de spéculation... Et on sait comment ça va ...aussi... Raoul Hedebouw. 

RH : Non... mais ile ne faut pas inverser les choses. La Grèce... ce n'est pas parce que ça c'est passé en Grèce, que ça va se passer dans l'ensemble des pays européens. Tous ces pays européens se sont endettés, pour sauver leur système bancaire. Donc en Belgique nous avons fait 25 milliards de cadeaux, aux banques... C'est-à-dire que votre argent  vous et à moi, on l'a donné aux banques et ces mêmes banques commencent maintenant à spéculer contre notre euro. Il faut un peu arrêter. Je veux dire que même d'un point de vue éthique c'est tout à fait irresponsable. Donc ce nous proposons, avec le PTB, c'est d'intervenir drastiquement, pour sauver nos économies. Comment ? En mettant sur place, notamment, un système bancaire public. Vous savez... quand on me dit que le public n'a pas... 

BH : Une grande banque publique... c'est ça que vous voulez ?

 RH : Tout à fait ! Une sorte de CGER du 21ème siècle. Il faut un peu arrêter quand on dit que le public n'a pas vocation à être une banque. La CGER a bien fonctionné pendant 18 ans. On l'a privatisée... 6 ans plus tard, elle était déjà en faillite. Alors... qui n'a pas vocation à gérer le système bancaire. J'ai plutôt envie de dire que c'est le privé. Donc c'est clair qu'un parti comme le PTB, prône le retour d'une véritable banque publique, une sorte de CGER du 21ème siècle.

 BH : Les élections... elles sont aussi communautaires. Les thèmes nous sont imposés par le Nord du pays. A ce niveau-là, on n'a pas le choix. Si vous vous retrouvez autour de la table, à négocier avec Bart De Wever, qu'est-ce que vous lui dite ? C'est quoi l'argument numéro un du PTB ? 

RH : Déjà... ce que je trouve de génial, dans un parti comme le PTB, c'est qu'on est encore le dernier parti national. Donc moi, quand je vais parler avec Bart De Wever, j'aurais le pendant flamand du PTB, qui sera aussi actif en Flandre. Parce qu'il faut quand même rappeler et je suis intimement convaincu que c'est la division des partis, qui a divisé le pays et pas la division du pays, qui a diviser les partis. Il n'y a aucune loi qui a obligé le PS, à se diviser en SP.a et en PS, le MR en Open-VLD  et en MR. Je veux dire qu'aucune loi n'a obligé ces partis à se diviser et le PTB, lui, aujourd'hui, reste encore un parti national. 

BH : Sauf que ces partis se sont divisés parce qu'il y avait d'énormes tensions entre les communautés. On a l'impression, en lisant votre programme, que vous niez un peu ces tensions. Vous dites : il faut refédéraliser. Regardez l'enseignement... on a défédéralisé, ça ne marche pas, il y a des problèmes de financements, il faut refédéraliser. Mais... ça ne marche pas comme ça. On sait bien que le Nord du pays n'est pas demandeur, Raoul Hedebouw ? 

RH : Effectivement ! Ce que je dis uniquement et je ne crois pas que je vais nier les problèmes qu'il y a entre le Nord et le Sud du pays. Je crois que ces problèmes sont clairement là. Je dis uniquement que parce que ces partis sont divisés... Vous savez, si vous divisez les arrondissements de Liège et de Charleroi, pendant 10 ans et que les partis wallons n'auront plus de compte à rendre qu'à Liège et Charleroi, je vous prédis une division entre Liège et Charleroi, dans les 10 ans à venir. Donc je veux dire que quand un parti n'a que des comptes à rendre à sa propre communauté, il y a une autodynamique qui se met en place. C'est pour cela que nous proposons le retour à une circonscription électorale unique, qui permettrait effectivement, aux hommes politiques flamands, à rendre des comptes aux électeurs francophones et vice-versa. Et pour la petite chose, il faut quand même rappeler que le PTB le met déjà en pratique aujourd'hui. Aujourd'hui, nous avons échangé, sur toutes nos listes de la Chambre ...francophone et néerlandophone... un candidat. C'est ainsi que nous avons le plaisir d'accueillir un candidat limbourgeois sur les listes liégeoises et un candidat liégeois, sur les listes limbourgeoises. 

BH : En 20 secondes... celui qui se dit : cela fait plusieurs années que je vote PTB, mon vote n'est jamais utile, le PTB n'est pas représenté. Si on veut voter à gauche, le seul vote utile c'est le vote PS... vous lui dites quoi ? 

RH : Mais là je pense que c'est le moment où jamais. Le PTB a doublé ses voix l'année passée. On fait 2-3%, au niveau de beaucoup d'arrondissements, donc je pense vraiment que cette année, plus particulièrement, le vote PTB peut être un vote utile. Et comme je dis... ce député... et bien il serait une sorte de moustique, dans la chambre des députés, il les maintiendra tous réveillés, pour l'ensemble de la législature... 

BH : Merci Raoul Hedebouw.