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Peter Mertens (PTB) :: Après la victoire de la N-VA et du PS
Score monstre pour la N-VA dans le Nord, victoire du PS dans le Sud. Comment peut-on expliquer ces scores ? Nous en avons parlé avec Peter Mertens.
Gaston Van Dyck et Alice BernardEn 2003, la N-VA n’avait encore qu’un élu, aujourd’hui, elle prend des voix pour ainsi dire à tous les partis au Nord du pays. Tout le monde serait-il devenu brusquement séparatiste, en Flandre ?
Peter Mertens. Il est nécessaire, après ces élections, de prendre un peu de recul. Dans toute l’Europe, on mène une politique néolibérale et les banques et les spéculateurs reçoivent d’énormes cadeaux. Avec des conséquences catastrophiques, les gouvernements imposent à toutes les populations des plans d’économies désastreux. Voyez l’Espagne, la Grèce, le Portugal où, d’ailleurs, ce sont les socialistes qui sont au pouvoir.
Face à ce système, qui entend pour la deuxième fois faire saigner les travailleurs, nous plaçons en premier lieu notre identité de parti des travailleurs.
Dans cette crise, nous ne devons pas faire trop de nombrilisme flamand ou wallon. La crise ne frappe pas qu’à Bruxelles, en Flandre ou en Wallonie. La crise est un phénomène mondial touchant un système capitaliste mondial. Face à ce système, qui entend pour la deuxième fois faire saigner les travailleurs, nous plaçons en premier lieu notre identité de parti des travailleurs. La N-VA a su détourner une partie du monde du travail du Nord du pays, en disant : « Vous n’êtes pas en premier lieu des travailleurs, mais des Flamands. Et, grâce à votre identité flamande, tous les problèmes vont disparaître. » C’est faux, bien sûr. La N-VA a un programme extrêmement antisocial. Elle compte faire payer la crise aux travailleurs flamands et elle s’esquive en créant une image hostile contre « les Wallons ». C’est pourquoi il est vraiment dommage que, dans cette campagne, nous n’ayons pu répliquer à la N-VA dans les médias1.
La N-VA veut une modération salariale totale, plus sévère encore qu’en Allemagne. Elle veut supprimer les barèmes d’ancienneté. Elle veut calculer la durée du temps de travail sur base annuelle, ce qui signifierait une flexibilité extrême. Elle veut faire travailler les gens plus longtemps, supprimer les allocations d’attente pour les jeunes et limiter les allocations de chômage à deux ans. La N-VA veut encore des impôts plus réduits pour les banques qui, aujourd’hui déjà, bénéficient d’un régime fiscal de faveur. Et elle veut des tarifs TVA plus élevés. C’est pourquoi elle réclame aujourd’hui l’autonomie fiscale. Tout ça figure dans son programme, textuellement recopié du Voka (l’organisation patronale flamande, NdlR). Mais personne ne le sait. La N-VA a pu se faire passer pour un agneau, parce qu’aucun autre parti n’a voulu démasquer son programme de loup.
Tout cela explique-t-il pourquoi tant de gens ont voté pour la N-VA ?
Peter Mertens. Il y a aussi de nombreuses voix de protestations qui sont allées à la N-VA. Des gens qui ont voulu donner une claque au gouvernement, dans l’espoir que ce vote serait un vote de protestation serait sociale aussi. Un autre aspect, c’est que le nationalisme lui-même a également gagné du terrain. Là aussi, il a eu libre jeu, tous les feux sont passés au vert dans les médias et la perception que les Flamands allaient s’en sortir au détriment de la Wallonie a donc gagné du terrain. Même si tout cela témoigne de bien peu de compréhension de l’histoire. Pendant un siècle, la Wallonie a contribué à la prospérité de notre pays. En 1949, le chômage était de 5 % en Wallonie, de 19 % en Flandre. Durant un siècle, il y a eu des transferts de la Wallonie à la Flandre et ce n’est qu’à partir de la fin des années 1950 qu’on a commencé à voir des transferts du Nord vers le Sud. Mais le retour du balancier peut se produire. Les transferts peuvent très vite repasser du Sud vers le Nord. C’est déjà le cas aujourd’hui avec les pensions. Ce sont des mécanismes de solidarité qui jouent dans tout pays démocratique.
Dans les mois à venir, l’auréole de gauche du PS va s’estomper.
En Wallonie, le PS sort grand vainqueur alors qu’il était au pouvoir. Le MR est sanctionné comme parti gouvernemental, pas le PS. Que faut-il en penser ?
Peter Mertens. Dans l’interprétation du score, il faut souligner une peur des gens par rapport aux conséquences de la crise. Le vote en faveur du PS a été un vote « refuge » pour un parti qui prétend défendre des intérêts sociaux. Mais je crains que la désillusion ne soit forte dans les mois à venir. Dans les années 1990, le PS a participé à plusieurs gouvernements qui ont pris des mesures draconiennes de restriction budgétaire pour faire face à la crise. J’ai peu d’indication qu’il fera autre chose aujourd’hui.
Je vois que le PS est assez d’accord pour supprimer la prépension. À propos de la chasse aux chômeurs, il ne va pas annoncer des grandes différences. Dans les mois à venir, l’auréole de gauche du PS va s’estomper et ceux qui n’ont pas osé voter pour le PTB cette fois-ci viendront probablement nous rejoindre dans les combats à venir.
En matière communautaire, j’entends déjà que M. Di Rupo est prêt à lâcher de gros morceaux en matière de compétences fédérales. Par exemple, en ce qui concerne l’impôt des sociétés et l’emploi. C’est inquiétant. Ce serait vraiment casser la solidarité qui existe au niveau du pays. On y sera vigilant.
La question principale restera : qui va payer les 22 milliards de restrictions budgétaires ?
Comment voyez-vous la situation évoluer ? Un accord, quand même, ou la poursuite du pourrissement avec une longue crise politique comme en 2007 ?
Peter Mertens. En tout cas, maintenant, tout le monde doit rester bien vigilant, car les deux scénarios comportent chacun leurs risques. Une répétition de 2007 serait bien sûr le plus grave. Ça deviendrait une vraie tragédie, car cela peut déboucher sur un immobilisme total, non pas pour six mois, mais dix ou onze, durant lesquels le gouvernement, en pleine période de crise du système même, ne pourra prendre la moindre mesure pour les pensionnés et pour les nombreuses personnes qui perdront leur emploi. C’est naturellement une stratégie du pourrissement très dangereuse et dont profite le nationalisme le plus borné.
Dans l’autre scénario, si on en arrive vite à un accord, la question principale restera : qui va payer les 22 milliards de restrictions budgétaires ? Si ce sont les gens qui, aujourd’hui, n’ont déjà pas ou très peu d’argent, on ne peut naturellement pas s’en réjouir. Si l’accord comprend que la fiscalité, c’est-à-dire la base de tout état fédéral, va être transférée aux régions pour y poursuivre la politique des cadeaux patronaux, là, on va se retrouver dans les problèmes.
Quoi qu’il en soit, nous sommes devant d’importants défis. C’est pourquoi nous allons poursuivre notre campagne pour une taxe des millionnaires et pour la solidarité. Et dès maintenant, nous allons mobiliser à fond pour ManiFiesta, la grande fête de la solidarité de Médecine pour le Peuple et du journal Solidaire. Si, le 25 septembre, nous pouvons rassembler plus de 4 000 personnes à Bredene, à la mer, ce sera non seulement un signal plein d’espoir pour la solidarité, mais aussi une belle base pour aborder tous ensemble les défis à venir.
1. Au Nord du pays, le PTB n’a quasiment pas eu d’accès aux médias.



