Taxer les fortunes aux calendes grecques :: Elio Di Rupo aurait-il inventé le concept de vote inutile ?
Interrogé sur la taxe des millionnaires du PTB+, le président du PS répond à la Libre Belgique : « Le jour où la famille socialiste aura la majorité absolue au Parlement, du côté francophone comme du côté flamand, pas de problème, je m’engage à prendre cette mesure directement. »
Marco Van HeesPour le même prix, Elio Di Rupo aurait pu ajouter : « Le jour où les poules auront des prothèses dentaires, elles seront remboursées par la Sécu. » Car comment comprendre que le PS conditionne un combat essentiel à la réalisation d’une condition qui risque – a fortiori avec de tels discours électoraux – de mettre quelques siècles à se réaliser.
Ce point de programme, pourtant essentiel à réaliser si on veut éviter que les conséquences de la crise ne soient payées par les travailleurs, n'est pas repris dans les dix points du contrat au citoyen qu'a présenté le PS ce dimanche.
On trouve la revendication d’un impôt sur la fortune dans un petit coin du programme du PS pour les élections fédérales de 1991, 1995, 1999, 2003, 2007 et 2010. Mais sur cette vingtaine d’années, aucun parlementaire PS n’a jugé utile d’introduire une proposition de loi en ce sens. Pourtant, Jean-Marc Delporte, un des principaux dirigeants du ministère des Finances, étiqueté socialiste (et dégommé depuis par Reynders), avait publié un rapport sur la faisabilité d’un tel impôt dans notre pays.
Comment se fait-il que le PS invoque en permanence son impuissance à faire passer des mesures de gauche à cause – au choix – des libéraux, des flamands, de l’Union européenne, voire de la finance internationale, alors que le MR de Didier Reynders fait passer sans problème la suppression des tranches supérieures d’imposition, l’amnistie fiscale, les intérêts notionnels, la réduction de la TVA sur les restaurants, etc. ?
En insérant dans son contrat avec l’électeur une clause résolutoire dont la réalisation est hautement improbable, Elio Di Rupo n’aurait-il pas, en fin de compte, inventé le concept de vote inutile ? Le meilleur moyen de sortir la gauche de cette impasse politique n’est-il pas d’envoyer un moustique PTB+ au Parlement ?
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Auteur de Didier Reynders, l’homme qui parle à l’oreille des riches (Aden, 2007)
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